
Par CHEN Yo-Jung
Madame Sanae Takaichi, nouvelle cheffe du gouvernement japonais, a effectué le 19 mars dernier une visite officielle très remarquée à Washington en tant que premier dirigeant d’un pays du G7 à rencontrer le président Donald Trump après l’ouverture des hostilités lancées par ce dernier contre l’Iran.
Un papillon voletant vers une chandelle allumée
La visite s’inscrivait à l’origine dans un contexte bilatéral normal visant à reconfirmer l’alliance nippo-américaine après l’arrivée en novembre dernier de Madame Takaichi à la tête du gouvernement japonais. Depuis la fin de la guerre, une telle visite constitue un rituel incontournable pour tout nouveau dirigeant japonais.
Outre la confirmation de l’alliance sacro-sainte entre les deux pays, le programme de la première ministre incluait celle des projets de coopération industrielle et d’investissements japonais d’un montant total de 550 milliards de dollars auxquels Tokyo s’était engagé l’an dernier vis-à-vis de Washington dans le cadre des négociations sur les tarifs douaniers, y compris le lancement d’une coopération dans le domaine de la construction navale et plus spécifiquement dans le secteur des matériaux critiques, dont les terres rares. S’ajoutait le projet cher à Monsieur Trump d’achat par le Japon du pétrole de l’Alaska. Par ailleurs, face à une détérioration préoccupante de ses relations avec son grand voisin à la suite des propos tenus en novembre dernier par Madame Takaichi sur Taïwan [1], la partie japonaise espérait profiter de cette visite pour se concerter avec son principal allié américain sur une position commune face à la Chine avant la visite reportée aux 14 et 15 mai 2026 du président Trump à Pékin.
Cependant, le caractère de la visite a pris une tournure inattendue à la suite des hostilités ouvertes par l’Amérique et Israël contre l’Iran le 28 février, à peine deux semaines avant le départ de Madame Takaichi pour Washington. Cette guerre d’agression, avec ses graves répercussions pour le monde entier et surtout pour le Japon, dont 93 % des importations des ressources énergétiques passent par le détroit d’Ormuz, menaçait de changer complètement les enjeux de la visite.
En particulier, la demande de Monsieur Trump adressée à ses alliés, dont les Européens et le Japon, de prendre part à une opération militaire de déblocage du détroit d’Ormuz, mettait Tokyo face à un trilemme : entre sa loyauté d’ordre stratégique envers l’Amérique ; sa contrainte d’entretenir de bonnes relations avec les pays producteurs de pétrole au Moyen-Orient, dont avec l’Iran [2] ; et, par-dessus tout, son obligation légale, en vertu de l’article 9 de sa Constitution « pacifiste » [3], de s’abstenir de toute action armée, notamment dans un conflit international en cours.
À la veille de la visite de Madame Takaichi, Monsieur Trump ruminait encore une colère noire à l’encontre des alliés de l’OTAN qui avaient tous refusé de prendre en charge eux-mêmes la sécurisation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, plutôt que de laisser cette responsabilité principalement aux États-Unis. Considérant le comportement irascible de l’occupant de la Maison Blanche, l’opinion publique japonaise était persuadée que sa première ministre, telle un papillon voletant vers une chandelle allumée, allait se brûler les ailes faute de pouvoir donner son consentement au déploiement des Forces d’autodéfense japonaises (FADJ) dans le détroit d’Ormuz, au risque de violer la Constitution de l’archipel [4].
Il faut rappeler que le Japon a déjà été à plusieurs reprises dans le passé obligé d’apporter son soutien aux « guerres américaines » sous différentes formes non-combattantes, à la limite de ses contraintes constitutionnelles : contribution financière massive de 13 milliards de dollars à la guerre du Golfe en 1990 ; ravitaillement en mer de navires américains pendant la guerre en Afghanistan en 2002 ; construction d’infrastructures en Irak par les FADJ de 2003 à 2009. Dans le cas de l’Irak, il fallut à Tokyo promulguer une nouvelle loi spéciale pour permettre à ses Forces d’autodéfense de sortir du territoire national afin d’aller construire des hôpitaux et des routes en Irak, mais à la seule condition que ce soit loin des théâtres d'opérations militaires.
Un succès inattendu à coup d’embrassades et de flatteries
À la surprise générale, vue par la partie japonaise, la rencontre du 19 mars à la Maison Blanche de Madame Takaichi avec son hôte américain s’est révélée, en fin de compte, un franc succès.
Selon certains observateurs japonais, la première ministre japonaise s’en serait tirée miraculeusement, sans avoir à subir les pressions de Monsieur Trump. La surprise était d’autant plus grande que Donald Trump semblait, sans s’emporter comme de coutume, s’être rangé aux arguments de son interlocutrice lui expliquant patiemment et en détail « ce que le Japon pourrait faire et ne pas faire dans le cadre légal du pays ».
Rien que ce fait a conduit l’ensemble des observateurs politiques au Japon, dont le journaliste du quotidien Sankei Shimbun Kenji Minemura (spécialiste des questions de politique chinoise, sécurité en Asie et géopolitique), à accorder à ce sommet nippo-américain un score de 95/100 au profit de Sanae Takaichi.
Avec la question épineuse de l’implication du Japon dans le détroit d'Ormuz ainsi mise de côté (en attendant que Monsieur Trump change d’avis, ce qu’il semble avoir fait le 6 avril en se plaignant à nouveau que le Japon « ne fait rien pour nous aider… »), la partie japonaise a pu traiter avec le président américain les sujets fixés préalablement à l’ordre du jour. Pour l’opinion japonaise, qui avait en mémoire les entretiens houleux à la Maison Blanche entre son occupant et des dirigeants d’autres pays, ce déroulement sans vague des entretiens constituait en soi un succès à porter au crédit de Madame Takaichi.
Selon des participants japonais à cette discussion, Monsieur Trump a semblé apprécier en particulier l’offre japonaise d’acheter du pétrole de l’Alaska ainsi que le paquet de projets énergétiques et industriels japonais dans le cadre de l’accord Japon-États-Unis (estimé à 550 milliards de dollars au total), portant pour ce qui concerne la deuxième tranche sur un montant de 73 milliards de dollars, sur le développement de petits réacteurs nucléaires modulaires (40 milliards de dollars) et de centrales au gaz naturel (33 milliards de dollars) répartis sur plusieurs sites (Tennessee, Alabama pour les réacteurs ; Pennsylvanie et Texas pour les centrales).
Il leur a semblé que le président américain, isolé de ses alliés européens traditionnels, voulait faire du Japon un partenaire modèle se différenciant « de ces ingrats de l’OTAN ». De là s’expliquerait son abstention à exercer de trop fortes pressions sur la dirigeante japonaise.
Mais le succès remporté par Madame Takaichi n’a pas manqué de s’accompagner de controverses :
Controverse 1 : Une diplomatie de la flatterie jugée excessive.
Ce succès inattendu a été attribué au sens de la flatterie, qualifiée de « charme personnel » de la dirigeante japonaise par le New York Times, mais jugée grossière, honteuse et obséquieuse par nombre de ses concitoyens. Des quotidiens de tendance libérale, dont en premier l’Asahi Shimbun, ont critiqué le « manque de dignité » de la part d’une cheffe de gouvernement.
Même si 69 % des Japonais ont applaudi leur première ministre pour avoir réussi à surmonter ce sommet a priori difficile face à un interlocuteur redouté, une partie non négligeable de l’opinion nipponne s’est dite agacée et gênée de voir leur dirigeante se comporter « comme une hôtesse de bar s’évertuant à plaire au client dans une absence totale de dignité qui revient en principe à un chef de gouvernement » : embrassades et accolades plus que la normale, éloges exagérés, danse sans retenue au dîner officiel, complicité avec son hôte pour ridiculiser l’ex-président Joe Biden, etc.
Prenant la parole dans une émission sur YouTube, Hama Noriko, économiste et professeure universitaire, connue pour ses analyses critiques de la politique économique japonaise contemporaine, s’est dite accablée de honte de voir sa première ministre étaler devant le monde entier une telle absence de retenue et de dignité. De son côté, Tanaka Hitoshi, ancien haut diplomate et aujourd’hui analyste des relations internationales, spécialisé dans la diplomatie asiatique, s’est interrogé s’il était normal pour une dirigeante d’un pays souverain de s’appuyer sur son « charme féminin » pour négocier avec le président américain.
Dans un pays à 80 % opposé à la « guerre illégale de Trump » contre l’Iran, la flatterie de Mme Takaichi a choqué nombre de ses concitoyens en particulier lorsqu’elle déclare, sans rire, à l’homme qui venait de déclencher une guerre contre l’Iran : « Donald, tu es la seule personne à pouvoir instaurer la paix et la prospérité dans le monde et je suis là pour te soutenir dans cette entreprise ». Pour Saruta Sayo, présidente du think tank « New Diplomacy Initiative », cette déclaration « ignominieuse » de soutien à une guerre jugée de tous les points de vue illégale, même si c’était pour flatter un interlocuteur difficile, pourrait bien risquer un jour de se retourner tel un boomerang contre le Japon.
Malgré toutes ces réactions négatives suscitées par ce que Valérie Niquet, experte des questions stratégiques en Asie, appelle « the art of the hug » (l’art de l’accolade) de Mme Takaichi, la majorité des commentateurs politiques au Japon sont plutôt d’avis que la visite a été un grand succès dans son ensemble.
Ils s’accordent à estimer que la flatterie de Mme Takaichi, pour aussi agaçante et humiliante qu’elle soit, était le seul recours possible pour un pays comme le Japon pour désarmer un interlocuteur aussi pénible que M. Trump et garantir ainsi ses intérêts nationaux. S’accordant avec Kenji Minemura cité plus haut, la journaliste politique Iwata Akiko apprécie surtout le fait que la dirigeante japonaise ait très bien réussi l’acrobatie diplomatique consistant à « dire non à M. Trump sans avoir à prononcer le mot non ». De son côté, Sato Yu, ancien diplomate et essayiste très connu en géopolitique, admire la façon dont Mme Takaichi a adroitement esquivé les foudres du président Trump « en lui opposant un « non » (sur l’envoi immédiat de forces armées japonaises) sans pour autant exclure la possibilité d’un « oui » dans l’avenir ».
Controverse 2 : Vous avez dit « Pearl Harbor » !?
Le sommet nippo-américain du 19 mars a été marqué par une petite phrase, jugée déplacée à l’égard du Japon, lâchée par le président Trump lors de la conférence de presse.
Interrogé par un journaliste japonais sur la raison pour laquelle il n’avait pas prévenu ses alliés avant de déclencher les attaques contre l’Iran, le président américain a répondu : « Who knows better about surprise than Japan ? Ok ? Why didn’t you tell me about Pearl Harbor ? Ok ? Right ? ». Cette réponse a été vue par les médias occidentaux comme potentiellement gênante pour Tokyo, surtout dans un contexte censé renforcer l’alliance américano-japonaise, quand bien même celle-ci était prononcée sur le ton ironique et de la plaisanterie coutumière qui distingue M. Trump.
Mais la réaction des médias et commentateurs japonais à la remarque du chef d’État américain a été globalement plus mesurée et prudente que dans une partie de la presse occidentale, avec toutefois plusieurs nuances importantes.
Les grands médias japonais (comme NHK, Asahi Shimbun, Yomiuri Shimbun) ont surtout rapporté la phrase « malheureuse » de M. Trump de façon factuelle, évitant les jugements émotionnels forts dans leurs titres, insistant plutôt sur le contexte diplomatique global de la visite (sécurité, alliance USA-Japon).
Les spécialistes des relations internationales ont généralement souligné que Trump utilisait souvent des références historiques simplifiées pour parler de stratégie militaire, que le plus important diplomatiquement était la coopération USA-Japon, pas la phrase elle-même, et que la réaction officielle japonaise devait rester neutre pour éviter tout froissement inutile.
Bref, au Japon, la réaction a été surtout prudente, factuelle et diplomatique, avec un certain inconfort mais sans polémique majeure, contrairement à certaines lectures plus critiques dans la presse occidentale. Ce n’était pas d’ailleurs la première fois que Trump se lançait dans un tel exercice. Déjà, en 2018, Trump aurait dit à son interlocuteur d’alors Shinzo Abe : « I remember Pearl Harbor », dans le cadre d’une discussion tendue sur le commerce et le déficit américain.
Une partie des commentateurs japonais (anciens diplomates, éditorialistes) s’est toutefois montrée plus critique à l’égard de la première ministre, jugeant que le fait de ne pas réagir devant de tels propos (même si elle montre une certaine gêne à l’écran) pouvait donner une impression de déséquilibre dans la relation bilatérale. Certains ont même parlé à son propos d’une posture jugée trop « passive » face à une remarque perçue comme déplacée.
D’autres n’ont pas manqué de souligner le contraste avec le chancelier Merz qui avait su remettre Donald Trump à sa place lorsque ce dernier évoquait devant lui, lors de l’anniversaire du « D-Day » du 6 juin 2025, le passé nazi de l’Allemagne. Les critiques venues des médias, dont de la chaîne TV Asahi, ont cependant bien été obligées d’admettre dans le même temps que, dans de telles circonstances, le silence regrettable de la première ministre était inévitable étant donné l’importance qu’il y avait à privilégier un rapport cordial avec l’occupant actuel de la Maison Blanche.
Par ailleurs, une partie de l’opinion s’exprimant sur les réseaux sociaux en a plutôt voulu au journaliste japonais auteur de la question qui avait conduit M. Trump à faire cette réponse maladroite.
Le contraste entre les réactions flegmatiques des Japonais et les cris d’orfraie de la presse étrangère peut s’expliquer par des codes culturels, des priorités diplomatiques et des systèmes médiatiques différents :
La société japonaise s’attache traditionnellement au « wa » (和), l’esprit d’harmonie et de retenue, qui amène à éviter les réactions trop directes et virulentes, surtout quand il s’agit des États-Unis d’Amérique, allié majeur, protecteur et en quelque sorte suzerain du Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Contester ouvertement une autorité supérieure, en l’occurrence Washington, est simplement quelque chose qui ne se fait pas au Japon, surtout au niveau officiel.
Le pragmatisme est une vieille tradition au Japon. Ce pragmatisme l’a conduit en 1868 à passer du jour au lendemain du statut d’un pays féodal à une puissance impériale moderne. Il lui a permis, en 1945, d’accueillir sans aucune résistance l’occupation militaire de l’ex-ennemi américain. Aujourd’hui, ce pragmatisme conduit les Japonais à comparer d’une part l'avantage d’une réaction émotionnelle et conflictuelle à la petite phrase de M. Trump, au risque de se le mettre à dos, et d’autre part, les bénéfices du maintien d’un rapport cordial avec l’homme fort américain. Le choix apparaît évident.
Même s’ils ont pu être gênés par la « blague » de mauvais goût du président américain, les Japonais dans leur majorité estiment plus embarrassant encore le comportement obséquieusement flatteur de leur propre première ministre devant le locataire de la Maison Blanche. L’économiste Hama Noriko, par exemple, se dit offusquée plus par l’inélégance de la flatterie de Mme Takaichi que par la plaisanterie somme toute stupide d’un dirigeant américain non moins inélégant.
Pour beaucoup de jeunes Japonais, la Seconde Guerre mondiale et la polémique de l’attaque surprise sur Pearl Harbor ne sont plus qu’un souvenir lointain. Elles font partie de cette histoire malheureuse de leurs ancêtres à laquelle ils ne s’identifient plus. Il y a même une proportion non négligeable de la jeunesse qui ignore que leur pays a été en guerre contre l’Amérique dans le passé. De là à leur demander de faire preuve d’indignation devant la blague douteuse de M. Trump sur Pearl Harbor, il y a un long chemin à parcourir.
Controverse 3 : quid de l’article 9 de la Constitution ?
Il est apparu évident que le gain le plus précieux recueilli par Sanae Takaichi dans ce sommet nippo-américain a été sa réussite à esquiver la pression du président américain pour une entrée du Japon dans la guerre contre l’Iran. Elle doit ce succès à l’article 9 de la Constitution « pacifiste » du Japon que la première ministre a réussi à faire comprendre à son interlocuteur américain, déclarant après l’entretien : « Je comprends que le Japon a ses contraintes particulières ». Au Japon, plusieurs commentateurs sont allés jusqu’à dire que Mme Takaichi avait « sauvé sa peau grâce à l’article 9 ».
Cela ne manque pas de piquant quand on sait que la première ministre, ultranationaliste et adepte d’un réarmement du Japon, est précisément connue pour son hostilité à ce même article 9 ! Elle est à la tête d’un parti qui a toujours réclamé (sans succès jusqu’ici) la révision de la Constitution japonaise « pacifiste », imposée il y a 80 ans par les forces d’occupation américaines.
Le PLD (parti au pouvoir) a toujours voulu modifier, sinon supprimer complètement, l’article 9 de façon à ce que le Japon puisse se doter formellement d’une puissance militaire qui ose prendre le nom d’« armée » au lieu de celui de « Forces d’autodéfense japonaise », et qui pourrait en toute légalité participer à des conflits hors de ses frontières comme celui mené actuellement par les États-Unis avec l’Iran.
Il y a depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale un débat national au Japon entre, d’une part, les libéraux qui défendent le pacifisme rendu possible par l’article 9 et, d’autre part, les nationalistes qui souhaitent s’en débarrasser et supprimer ainsi le flou juridique jugé gênant pour la défense nationale du pays.
Au retour de Mme Takaichi au Japon, ce débat a repris avec une vigueur accrue.
Les forces libérales et pacifistes (représentées par des médias comme le quotidien Asahi Shimbun) se satisfont du fait que l’article 9 ait permis au Japon d’éviter de se faire entraîner dans une guerre qu’elles considèrent indésirable. Quant aux nationalistes, ils reprochent à cet article de la Constitution d’avoir, encore une fois, empêché l’archipel d’honorer ses obligations en tant qu’allié fidèle des États-Unis, ce qui constitue à leurs yeux, une nouvelle tache déshonorante pour le pays.
Traditionnellement, les Japonais sont en majorité favorables au maintien de l’article 9 qui a permis jusqu’à présent au Japon d’être l’un des rares pays au monde à n’avoir jamais tiré un seul coup de feu dans un conflit depuis 80 ans. Mais ce sentiment semble évoluer depuis ces dernières années à la suite de la montée de la perception de la menace chinoise et nord-coréenne et de la progression du sentiment xénophobe qui règne dans la société japonaise.
Dans ce contexte, Mme Takaichi, qui dispose maintenant d’une majorité absolue à la chambre basse (chambre des représentants) de la Diète (316 sièges sur 465), semble être en bonne voie pour réaliser ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a pu faire : lancer le processus long et difficile vers un tout premier amendement de la Constitution dans l’histoire de ce pays.
Conclusion
La tenue d’un sommet nippo-américain constitue une routine si banale qu’elle n’intéresse que généralement l’opinion japonaise seule, avec très peu de réactions dans la presse américaine ou internationale. Le dernier en date du 19 mars 2026, entre Sanae Takaichi et Donald Trump a, à l’inverse des précédents, retenu l’attention internationale, dans un contexte géopolitique particulier, du fait d’une petite phrase du chef de la Maison Blanche et de l’absence de réaction de son interlocutrice japonaise à celle-ci, plus portée à faire preuve de complaisance à l’égard de son hôte.
Alors que les deux parties ont conclu des accords mutuellement bénéfiques sur la coopération industrielle, les investissements et en matière de défense, l’attention portée de part et d’autre au dérapage verbal américain et à la conduite excessivement polie japonaise a conduit à des réflexions sur les différences culturelles et les sensibilités entre Japonais et Occidentaux.
On apprend notamment de ce sommet nippo-américain qu’une petite phrase déplacée sur le Japon qui fait crier au scandale la presse occidentale laisse au contraire les Japonais de marbre. Et on constate que l’excès de flatterie de la première ministre japonaise envers son hôte américain est apprécié comme un « charme personnel » venant de celle-ci par le New York Times alors qu’elle agace l’opinion japonaise qui la trouve à l‘inverse « vulgaire » et « indigne ».
Donc, à chacun sa culture et sa façon d’interpréter les choses…
[1] Voir Au Japon, une femme à la barre ! - Et alors ? Nouveaux Regards sur l’Asie, mars 2026
[2] Le Japon n’est depuis 2019, à la suite des sanctions américaines contre l’Iran, plus dépendant de ce pays pour ses importations de pétrole et de gaz, mais il reste fortement dépendant indirectement de Téhéran, car environ 95 % de son pétrole provient du Moyen-Orient et transite par des zones stratégiques influencées par l’Iran, comme le détroit d’Ormuz.
[3] Article 9. Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ainsi qu’à la menace ou à l'emploi de la force comme moyen de règlement des différends internationaux. Afin d’atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales ou aériennes, ni aucun autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu.
[4] Les Forces d’autodéfense japonaises sont une armée moderne, mais juridiquement limitée par la Constitution du Japon à la défense du territoire, née du pacifisme d’après-guerre.
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Né en 1947 à Taïwan, CHEN Yo-Jung a grandi au Vietnam et à Hong Kong. Il a fait ses études supérieures au Japon puis a servi pendant 23 années à l’ambassade de France à Tokyo en tant qu’attaché de presse et traducteur interprète. Naturalisé Français en 1981, CHEN Yo-Jung est devenu en 1994 fonctionnaire titulaire du Quai d’Orsay. Il a servi en tant que consul adjoint/conseiller de presse dans plusieurs postes diplomatiques et consulaires français, dont à Tokyo, Los Angeles, San Francisco, Singapour et Pékin, avant de prendre sa retraite au Japon en 2012.
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